Charters interdits

Extrait du livre « Charters interdits » écrit par Maurice Freund en 1987

Contexte:
1980 – Après le coup d’état opéré par Saye Zerbo en Haute-Volta. Mise en place des premiers vols vers la capitale du Burkina-Faso: Ouagadougou.

[…]Claude Abraham, haut-fonctionnaire de la SATT:
« Ouagadougou, cette destination n’intéresse personne. On a enregistré l’an dernier 6000 passagers. Si vous voulez y aller, allez-y. Vous ne gênerez personne. La ligne n’est ni rentable, ni viable, vous vous enterrerez. »

[…] Le temps presse. Le premier vol est prévu pour le 13 décembre. La veille, à midi, je crois encore dur comme fer que nous obtiendrons les différents agréments. Mes nouveaux amis voltaïques ne me les ont-ils pas promis? Mais je dois revenir sur terre et parer au plus pressé : prévoir une solution de rechange car, dans quelques heures, les premiers passagers vont arriver à l’aéroport de Bâle/Mulhouse.
Pierre Schneider négocie, avec Balair, au départ de Zurich, l’affrètement d’un charter sur… Lomé! […]

Nous avons 190 passagers sur les bras qu’il faut amener par la piste et par la route à Ouagadougou, à 995km de là. Un fantastique mouvement de solidarité se met en place : l’un prête sa voiture, l’autre une camionnette. Et l’ensemble des taxis-brousse sont réquisitionnés. Tout se passe plutôt bien et, 24H plus tard, c’est Ouagadougou qui est envahie.

Avion de Point Mulhouse

[…] Sept semaines s’étaient écoulées depuis le coup d’état. […] Sans pavillon, comment faire? Nous passons des heures à tourner et à retourner le problème. Car, pour décoller, il faut aussi l’aval de l’aéroport. L’un d’entre-nous lance soudain une idée moins farfelue qu’il n’y paraît.
Faisons un vol privé. Si 4 copains achètent un robin de 4 places, il leur est loisible de se rendre où bon leur semble. Ils déposent un plan de vol, s’assurent des droits de trafic, de survol et d’atterrissage… Puisque les adhérents de l’association sont tous propriétaires de l’avion, pourquoi n’en feraient-ils pas autant. Juridiquement, c’est du béton.

Le 27 décembre, le Bernard Audebourg, avec à son bord plus d’une centaine de personnes – les « adhérents-propriétaires» de l’avion – effectue le premier « vol privé » de son histoire.

[…] Dans l’appareil, les européens sont nombreux, mais il y a aussi des africains dont la plupart ne sont pas rentrés chez eux depuis bien longtemps. […] Tout se passe sans aucun heurt… Le directeur des Transports nous attend au bas de la passerelle. Autant dire dire qu’il rit jaune.

Le lendemain, même scénario. Seulement lorsque l’avion se pose sur l’aéroport, il n’y a personne sur la piste et pas d’échelle de coupée. Les employés d’Air Afrique, qui ont de toute évidence reçu des ordres, refusent de prêter assistance au Point. Nous courons chercher une échelle de fortune et posons quelques matelas autour…

A chaque qu’un passager pose le pied à terre, la foule applaudit frénétiquement et encourage le suivant. Ensuite les voyageurs font la chaîne pour décharger les bagages.[…]

 

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